Elsa et moi
Papa,
maman, mon petit frère et moi, on a déménagé à la campagne.
J'adore!
J'adore
car tout à côté de chez nous, il y a la ferme de Monsieur Jean.
M.
Jean, quand il me voit arriver, il prend trois seaux. Il en garde
deux, un pour chaque main. Il me tend le troisième, le plus petit et
nous allons nourrir les animaux.
Les
animaux, dans la ferme, il y en a beaucoup : des vaches, des lapins,
une dizaine de poules, un coq et deux cochons.
Les
deux cochons ont ma préférence et surtout la petite cochonne, qui
agite sa queue en tire-bouchon quand je l'approche. Je l'ai appelée
Elsa.
Elsa
vit avec sa maman, la Grosse Berta. C'est le nom que lui a donné M.
Jean. Elsa est toute rose, excepté le pourtour de son oeil gauche
qui est noir. Ça lui donne un air de coquine.
Coquine,
c'est aussi le petit nom que maman m'a donné. «Ma coquine» elle
dit. Ca me fait tout chaud au coeur de l'entendre et nous aimons en
rire toutes les deux.
Rire
toutes les deux, c'est aussi ce que nous faisons Elsa et moi. On m'a
expliqué à l'école que les animaux ne rient pas mais moi, je vois
bien qu'Elsa s'amuse beaucoup quand nous jouons ensemble.
Nous
jouons ensemble quand je la nourris avec M. Jean à côté, qui donne
sa ration à Berta. Un jour, il a dit: «tu seras bientôt bonne à
manger, Grosse Berta!»
Grosse
Berta, c'est vrai, est toute grasse mais depuis ces paroles, je me
sens triste. Dans mon lit, je cherche une idée pour la délivrer. Je
ne trouve pas, alors je pleure.
Je
pleure toute la journée lorsque Grosse Berta part
à l'abattoir. Et
j'essaie de consoler Elsa, qui court dans tous les sens à la
recherche de sa maman.
Maman
hoche la tête quand je dis lors des repas à la maison : «moi,
c'est fini, je ne mange plus de cochon!» Papa, lui, lève les
sourcils, je vois qu'il est énervé. Pour ne pas nous disputer, je
me réfugie dans ma chambre.
Dans
ma chambre, un soir, maman est venue. Elle m'a demandé pourquoi
«plus de cochon?» «Grosse Berta était la maman d'Elsa. Ce n'est
pas juste qu'on la mange!» j'ai dit. Maman ne savait pas que j'étais
l'amie des cochons alors elle s'est excusée. On a parlé beaucoup de
mon chagrin.
Mon
chagrin s'efface peu à peu. Les mots de maman m'ont réconforté.
Mais depuis, ce n'est plus comme avant. C'est la fête maintenant
quand on mange Grosse Berta. Oui, c'est devenu un rituel!
Un
rituel bien à nous. Je dépose une bougie au milieu de la table. Je
l'allume et je vois tous les yeux s'éclairer de plaisir. Puis je dis
la prière: «Chère Grosse Berta, nous te remercions très fort
d'être morte pour nous nourrir. Nous aimons ta saveur et c'est avec
joie que nous allons encore une fois te manger! Tes saucisses sont si
délicieuses...!»
«Les
saucisses de ta maman sont si délicieuses...!» Quand je retrouve
Elsa, je lui raconte, ça a l'air de lui plaire. Je lui ai dit aussi:
«Te dépêches pas trop de grossir. J'aime tellement être avec
toi!» Et on rigole, on rigole...
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