mardi 12 janvier 2016

Elsa et moi

Elsa et moi


Papa, maman, mon petit frère et moi, on a déménagé à la campagne. J'adore!

J'adore car tout à côté de chez nous, il y a la ferme de Monsieur Jean.

M. Jean, quand il me voit arriver, il prend trois seaux. Il en garde deux, un pour chaque main. Il me tend le troisième, le plus petit et nous allons nourrir les animaux.

Les animaux, dans la ferme, il y en a beaucoup : des vaches, des lapins, une dizaine de poules, un coq et deux cochons.

Les deux cochons ont ma préférence et surtout la petite cochonne, qui agite sa queue en tire-bouchon quand je l'approche. Je l'ai appelée Elsa.

Elsa vit avec sa maman, la Grosse Berta. C'est le nom que lui a donné M. Jean. Elsa est toute rose, excepté le pourtour de son oeil gauche qui est noir. Ça lui donne un air de coquine.

Coquine, c'est aussi le petit nom que maman m'a donné. «Ma coquine» elle dit. Ca me fait tout chaud au coeur de l'entendre et nous aimons en rire toutes les deux.

Rire toutes les deux, c'est aussi ce que nous faisons Elsa et moi. On m'a expliqué à l'école que les animaux ne rient pas mais moi, je vois bien qu'Elsa s'amuse beaucoup quand nous jouons ensemble.

Nous jouons ensemble quand je la nourris avec M. Jean à côté, qui donne sa ration à Berta. Un jour, il a dit: «tu seras bientôt bonne à manger, Grosse Berta!»

Grosse Berta, c'est vrai, est toute grasse mais depuis ces paroles, je me sens triste. Dans mon lit, je cherche une idée pour la délivrer. Je ne trouve pas, alors je pleure.

Je pleure toute la journée lorsque Grosse Berta part à l'abattoir. Et j'essaie de consoler Elsa, qui court dans tous les sens à la recherche de sa maman.

Maman hoche la tête quand je dis lors des repas à la maison : «moi, c'est fini, je ne mange plus de cochon!» Papa, lui, lève les sourcils, je vois qu'il est énervé. Pour ne pas nous disputer, je me réfugie dans ma chambre.

Dans ma chambre, un soir, maman est venue. Elle m'a demandé pourquoi «plus de cochon?» «Grosse Berta était la maman d'Elsa. Ce n'est pas juste qu'on la mange!» j'ai dit. Maman ne savait pas que j'étais l'amie des cochons alors elle s'est excusée. On a parlé beaucoup de mon chagrin.

Mon chagrin s'efface peu à peu. Les mots de maman m'ont réconforté. Mais depuis, ce n'est plus comme avant. C'est la fête maintenant quand on mange Grosse Berta. Oui, c'est devenu un rituel!

Un rituel bien à nous. Je dépose une bougie au milieu de la table. Je l'allume et je vois tous les yeux s'éclairer de plaisir. Puis je dis la prière: «Chère Grosse Berta, nous te remercions très fort d'être morte pour nous nourrir. Nous aimons ta saveur et c'est avec joie que nous allons encore une fois te manger! Tes saucisses sont si délicieuses...!»


«Les saucisses de ta maman sont si délicieuses...!» Quand je retrouve Elsa, je lui raconte, ça a l'air de lui plaire. Je lui ai dit aussi: «Te dépêches pas trop de grossir. J'aime tellement être avec toi!» Et on rigole, on rigole...

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